Pour faire changement #moiaussi

Par Valmo

Octobre 2017. Je prends le temps de mettre la date. Parce que j’espère que mon fil d’actualité Facebook va me rappeler dans un an que je vais avoir écrit ce texte, pis qu’ultimement, la situation va s’être améliorée. Traitez-moi d’utopiste tant que vous voulez.

J’ai de la misère à décrire comment je me sens. Je trouve ça beau et laid ce qui se passe dans l’actualité, sur les réseaux sociaux depuis les derniers jours. Y’a plein de femmes et d’hommes qui osent dénoncer le harcèlement, les agressions sexuelles, que ce soit en utilisant le « #moiaussi » ou en élaborant davantage sur un vécu souvent difficile à assumer.

Pis y’en a d’autres qui se permettent de dire tout haut qu’on capote. Qu’on doit arrêter de se plaindre. Que ce ne sont pas des vraies agressions, que ce sont des jokes. Je n’ai pas fait mon cours à l’École nationale de l’humour, ça doit être pour ça que je ne comprends pas. Ou encore parce que je suis blonde. Mais je ne catche pas. Pis y’en a d’autres qui se permettent de dire tout haut qu’on capote. Qu’on doit arrêter de se plaindre. Que ce ne sont pas des vraies agressions, que ce sont des jokes.

J’ai pensé à ça. Beaucoup ces derniers jours. Pis moi aussi. Moi aussi y’a des gars qui n’ont pas toujours été gentils, respectueux avec moi. (Ici, je dis « gars », mais je précise que ceux-ci n’ont pas le monopole du désobligeant, de l’irrespectueux. J’écris en me basant sur mon petit vécu de fille de 26 ans. Ne me pointez donc pas du doigt en me disant que mon discours n’est pas nuancé.)

Y’a eu plein de fois. La fois où le chauffeur de taxi m’a proposé de manière déplacée d’aller chez lui au lieu de me ramener chez nous. La fois où y’a un gars qui a mis sa main sur ma cuisse sans me le demander. La fois où je me suis sérieusement questionnée sur quelle robe j’allais mettre pour un mariage, parce que je ne voulais pas me faire achaler par des mononcs. La fois où on est parti au chalet en gang pis que, par souci d’économie, on s’est ramassé cordé deux par deux dans les quelques lits de la place pis qu’en se couchant, tu m’as attrapé un sein sous mon pyjama en me riant dans face et en me chuchotant que j’avais aimé ça. La fois où tu t’es levé de ta place au resto et que t’es venu me manger l’oreille devant toute ma gang en me disant que tu pourrais mettre ta langue ailleurs si je voulais. J’te dis qu’entre l’entrée pis le plat principal ça surprend. Y’a la fois où y’a fallu que je fonde en larmes de panique pour que t’arrêtes de m’enlever mon linge. La fois où tu m’as dit que j’avais l’air crissement cochonne avec mes lunettes. La fois où. La fois. Criss. C’est assez.

Ouin, mais là tu n’as pas vu comment tu t’habilles, faut pas que tu te surprennes. Avec les jokes que tu fais, c’est sûr qu’il fallait que tu t’attendes à te faire ramasser. Voyons, Val, c’est ce que tu dégages, pose-toi pas de question. Ah oui ? Ce que je dégage ? Je ne savais pas. C’est vrai, j’ai oublié de vous dire, mon nouveau parfum, c’est Harcèlement n° 5 de Chanel. Raisonnement totalement illogique que j’entends encore dans les partys, dans les discussions de corridors, à l’arrêt de bus. J’pensais qu’on était en 2017, pas en 1957.

Ce qui commence à se passer sur les réseaux sociaux, j’espère que c’est le premier chapitre d’un livre qui marquera un changement dans l’histoire de notre société. Faut travailler à éduquer. Mais à rééduquer aussi. Check la prof qui parle. J’suis chanceuse, parce que je proviens d’une éducation qui m’a enseigné le principe de « Ne fait pas aux autres ce que tu ne voudrais pas te faire faire ». Je sais plus si c’est ma mère ou le prof de catéchèse qui disait ça, mais je trouve que l’idée de base est bonne. Aimerais-tu ça que je t’agrippe l’entrejambe pour aucune raison, dans l’autobus ? Ben pourquoi tu te permets de me faire des commentaires pis de me toucher ? Juste pour que tu le saches, je ne suis pas un buffet, une enveloppe corporelle « all you can eat ». Je suis humaine. J’ai des sentiments, des droits, des envies, des revendications. Peut-être que tu ne comprends pas le dernier mot. Tu chercheras dans le dictionnaire. T’en profiteras au passage pour chercher ce que ça veut dire « consentement ». C’est ben intéressant.
Je sais que je ne réinventerai pas la roue avec ma plume. Que ce texte ne changera pas le monde, y’en a sûrement des bien meilleurs. Mais j’avais le goût #moiaussi de joindre ma voix à celles qui sont déjà nombreuses. J’espère que mon texte va faire réagir. Pas dans une optique de semer la controverse. Mais plutôt de déclencher une discussion.

Je pense que le timing est choisi pour prendre un pas de recul pis se regarder dans le miroir. Prendre conscience de nos paroles et de nos gestes. J’vais probablement me faire pointer du doigt, me faire dire que j’suis ben que trop intense. J’vais sûrement recevoir des likes aussi. Tant mieux. Mais souvenons-nous que le respect, ça ne s’acquiert pas à coup de likes. Ça se construit à quelque part entre la considération pis la réflexion.

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