Six mois plus tard

Texte et photo par Hao

Oui, ça fait six mois que j’ai ramassé mes effets personnels et que je suis sorti des grandes portes de la seule compagnie que j’ai connue. Je m’en souviens comme si c’était hier. C’était le 15 mars, au milieu de la grosse tempête de neige qui avait paralysé le sud du Québec.

Depuis 2011, j’avais connu une stabilité d’emploi que tout étudiant rêverait d’avoir, un poste dans un fleuron québécois avant même d’obtenir mon diplôme. Cependant, avec le temps, ma soif de l’aventure et mon désir de voler de mes propres ailes ont triomphé de mon amour de l’ingénierie. Mes supérieurs l’ont remarqué. Ils ont pris la décision pour moi et ils m’ont demandé de partir. Je me souviens du jour où j’ai appris que j’allais perdre mon emploi, j’ai posé une question à mon gestionnaire : est-ce que ça va faire mal ?

Six mois plus tard, je dois avouer que l’ingénierie me manque grandement. Même si je suis extrêmement heureux et choyé de gérer la plus grande entreprise en photographie événementielle au Québec, il m’arrive de me questionner sur mes choix. Oui, ça fait parfois mal. Cependant, je n’ai aucun regret, parce que fondamentalement, la photographie, l’action de créer des souvenirs et de rendre les gens heureux autour de moi définissent mon rôle dans ce monde.

Mes amis me demandent si je vais bien ou si l’entreprise est profitable. Je leur réponds, avec un sourire, que je n’ai pas dormi depuis cinq semaines. Si j’arrive à dormir, c’est parfois dans ma voiture entre deux contrats. Est-ce que c’est facile ? Non, ce n’est pas facile. Ce n’est pas facile de gérer plus de 35 sous-traitants dans quatre villes du Québec. Ce n’est pas facile de prendre les rôles de comptable, de photographe, d’expert-juriste, de planificateur et de négociateur tous en même temps. Non, ce n’est pas facile de faire face à des compétiteurs déloyaux qui prendraient tout avantage pour prendre le dessus. Non, parce que la pression et le stress peuvent être si élevés que même la plus zen des personnes perdrait la boule. Des fois, je veux juste lancer mon clavier dans les airs et partir en avions aux Îles-de-la-Madeleine pour me perdre pendant une semaine.

Il y a une glorification de l’entrepreneuriat dans notre société. Seul le succès est véritablement montré au public. Cependant, chaque échec, chaque compétiteur déloyal et chaque déception sont cachés. Or, pourquoi est-ce que nous continuons ? Est-ce que nous avons perdu la boule ? Peut-être…

Nous continuons parce que nous croyons être capables de contribuer à la société. Nous continuons parce que chaque sourire et chaque remerciement nous prouvent que nos convictions sont vraies. Nous continuons parce que la jeunesse québécoise a le droit d’avoir accès à des services professionnels à un tarif respectable. Bref, nous continuons parce que nous voulons changer le monde.

Il est passé minuit. Je viens de relire ce texte. J’ai un contrat pour une entreprise dans quelques heures et un contrat étudiant en fin de soirée. La boîte à courriel est remplie. Le frigo est dépourvu de nourriture. Allez hop! Un verre de chardonnay et on se lance vers des centaines de photos et de sourires. Oui! Oh que oui! Ça a valu la peine.

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