Opinion : Mon white privilege à moi

Texte par Anne Marchand, photo par Mélanie Thériault

J’ai les cheveux blonds, les yeux bleus, je suis hétérosexuelle et je viens d’une famille unie de banlieue avec un revenu légèrement supérieur à la moyenne. Toute ma vie, j’ai vécu enrobée de ce qu’on appelle le white privilege. Et je ne me suis pas gênée pour en profiter.

Le white privilege, c’est d’avoir un préjugé favorable d’à peu près tout le monde. J’ai oublié mon téléphone et je demande à un inconnu d’emprunter son téléphone? Aucun problème. En visitant des appartements, à chaque fois, la personne qui me fait visiter m’a fait remarquer que j’ai l’air d’une personne calme et gentille. Je suis presque certaine d’être prise pour l’emploi quand je passe en entrevue pour un travail étudiant. Je me suis fait interpeller trois fois par des policiers dans ma vie et je n’ai jamais eu d’amende, même si les trois fois j’étais coupable. Je m’en suis sortie soit en pleurant, soit en jouant à la blonde innocente qui ne savait pas qu’elle commettait un crime (même si elle est interpellée lorsqu’elle est en train de boire une bouteille de vin au milieu de la rue en détruisant un signe de construction avec son ami.)

À la base, on me fait confiance, c’est aussi simple que ça.

C’est complètement impossible de tracer la ligne entre ce que j’ai obtenu grâce à mon mérite personnel de la part de personnes qui auraient donné une chance égale à quelqu’un de moins privilégié et les moments où mon allure d’enfant angélique m’a vraiment aidé à obtenir ce que je voulais. Mais le white privilege, c’est que je n’ai même pas à me poser la question.

Si je ne suis pas rappelée pour un emploi, c’est tout simplement parce qu’il y avait quelqu’un de plus compétent (ou peut-être s’ils avaient le choix entre moi et un homme aussi compétent, mais ça c’est une autre histoire). Ce serait aussi extrêmement surprenant que j’aie été victime d’un racisme inversé, un concept qui la plupart du temps sert simplement à se sentir mieux par rapport à notre propre haine mais qui en tant que tel est complètement inoffensif pour une fille comme moi.

Dans la vie, les filles comme moi partent avec une meilleure combinaison de cartes en main. En jouant bien notre jeu, on arrive sans trop de difficultés à obtenir ce qu’on veut. Quand une personne vivant dans le white privilege dit : « Si tu travailles fort, tu peux tout faire dans la vie » c’est parce que dans notre cas, c’est très vrai. Oui il y a des embûches et des échecs, de la même manière qu’on ne gagne pas nécessairement une partie de poker même si on a une bonne manche. C’est juste que dans notre cas, nous avons des options, des choix que beaucoup n’ont simplement pas. Le simple fait de lire « Anne Marchand » sur un CV me donne sans doute un avantage sur une fille s’appelant Fatima.

Bien souvent, au fond, on sait à quel point ce serait difficile de ne pas avoir ce privilège.

Peu de gens s’admettent ouvertement racistes et même si on est face à un comportement d’un racisme flagrant, on n’ose pas s’en insurger parce « toutes les opinions se valent ». Puis, on ne voudrait pas créer un malaise alentour de la dinde de Noël, même si Mononc ne se gêne pas pour dire que les Musulmans sont des violeurs.

Même si, foncièrement et personnellement, on peut savoir que nous ne sommes pas meilleurs que qui que ce soit, si l’on refuse de reconnaître qu’on bénéficie du racisme des autres, ne le sommes-nous pas nous-mêmes implicitement, malgré nos bonnes intentions et nos likes sur des photos de d’enfants syriens échoués sur des plages grecques?

Aucun parti politique n’oserait se mettre à dos le groupe social de la classe moyenne blanche, dans lequel j’ai grandi, aka parmi les plus grands privilégiés du « white privilege ». Et si mon groupe démographique décide de faire la sourde oreille à tous ceux qui subissent le ressac du système qui nous favorise systématiquement, plusieurs fois dans l’histoire la dangerosité de notre ignorance intentionnelle a laissé des marques impardonnables.

Comme dirait ce bon vieux Einstein Einstein, le monde ne sera pas détruit par ceux qui font le mal, mais par ceux qui les regardent sans rien faire.

Personnellement, je crois que ceux qui votent sans réfléchir aux conséquences qu’implique leur acte vont aussi donner un petit coup de main.

 

Article Connexe

Est-ce que ça a valu la peine?…

Texte par Anne Marchand, photo par Mélanie Thériault

J’ai les cheveux blonds, les yeux bleus,

...