Photo issue de la page Facebook de la campagne "Sans oui, c'est non!"

Et moi, me suis-je fait agresser?

Texte par Léa Champagne

Parfois on ne le réalise même pas. Parfois on le réalise des années plus tard. Un petit bec qu’on ne voulait pas. Une caresse non-désirée.  Avoir dit oui, mais avoir pensé non. Et on reproche souvent à certaines personnes que c’est un regret plus qu’une agression sexuelle. Mais qui sommes-nous pour juger, quand au fond on ne peut réellement savoir si à ce moment précis cette personne consentait à cet acte?

Des fois, on fait juste se cacher sous un voile d’ignorance, ne voulant pas s’identifier à proprement dit comme une victime d’agression sexuelle. C’est aussi des mots lourds de conséquences. Dès qu’ils sont prononcés, on pense directement à un viol. On ne pense pas à un simple baiser d’un inconnu qu’on ne voulait pas une soirée bien arrosée dans un bar.

On a peur de voir dans les yeux des gens quand on raconte notre histoire que finalement c’est «pas si pire». Qu’ils ne considèrent pas ça comme une agression sexuelle. Parce qu’aux yeux des gens, une agression, c’est plus trash, plus intense que ça. On a peur qu’ils nous disent que c’est juste un regret, d’arrêter de s’en faire avec ça.

Pourtant, une caresse, un geste, des mots… Tout ce qui est à caractère sexuel et qui est posé contre ou devant nous sans notre consentement est une agression sexuelle. Ce n’est plus limité à l’acte complet. Et on se sent quand même à l’envers. Une boule à l’estomac. Un blocage sexuel. Un traumatisme. Ce n’est pas obligé d’être un acte violent pour nous troubler.

Malheureusement, beaucoup trop de gens peuvent répondre oui quand ils se font demander s’ils se sont déjà fait agresser sexuellement, justement parce que beaucoup de gestes qui constituent ce type d’agression ne sont généralement pas reconnus comme tels pour un nombre ahurissant de personnes.

Ça en devient presque une gêne. Une gêne de dire qu’on a subi cela, par peur de se faire dire que non, ce n’est pas ce qu’on a vécu, alors qu’au fond nous sommes les seuls et uniques juges à savoir si nous y consentions ou non. Et c’est difficile à prononcer, à raconter.

Et souvent on se met le blâme sur les épaules. Parce que des fois on se dit qu’on envoyait des signaux contraires, comme si on voulait que l’inconnu nous embrasse. Des fois même on dit oui et on pense non. On se dit qu’on ne peut pas appeler l’autre personne un agresseur si au fond on avait dit oui. C’est souvent le cas quand on accepte de faire l’amour avec son partenaire amoureux, pour lui faire plaisir, pour ne pas le perdre, mais qu’au fond on n’en a pas envie. On fait comme si, alors qu’on veut juste que ça finisse. Notre partenaire ne pouvait pas lire dans nos pensées, à savoir qu’on le fait pour lui, mais on ne se sent pas bien. On n’est pas forcé, mais on ne veut pas prendre la chance de décevoir celui ou celle qu’on aime. Alors on se «laisse faire». Et puis, qui nous croirait quand on raconterait notre agression?

Pourtant le «laisser-faire» dans un acte sexuel devrait justement être un signal d’alarme. La plupart du temps, si on le voulait vraiment, on ne se laisserait pas faire. On agirait, on participerait activement.

Elle est où la limite à ne pas franchir? Doit-on demander à chaque personne «veux-tu m’embrasser» ou «veux-tu coucher avec moi»? Il vaut mieux prévenir que guérir. Oui, certaines personnes peuvent trouver ça turn off, mais je crois qu’il n’y a rien de plus turn off que de vivre une agression sexuelle, peu importe le type.

Il ne faut jamais se sentir coupable. On ne peut se blâmer de ne pas avoir voulu quelque chose.

Et si quelqu’un s’ouvre un jour à vous à propos d’une agression sexuelle, ne minimisez pas ses sentiments; c’est son histoire, ça ne concerne que cette personne et son consentement. Ne banalisez pas les choses. Si pour cette personne c’est difficile, c’est difficile et c’est tout. Et n’allez pas raconter à d’autres son histoire, car ça lui appartient entièrement.

 

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