La fois où Anne a fait le Défi têtes rasées de la Feus (Partie 2)

Texte par Anne Marchand
Photo par Pierre Yves Laroche

Pour la partie 1.

J’ai donc relevé le Défi têtes rasées le 7 juillet dernier.

Maintenant, j’aimerais bien parler de comment je me suis sentie lorsque j’ai fait le défi, ou de mes premières heures sans cheveux. En toute honnêteté, j’ai profité en quantité industrielle de ce qu’on pourrait poliment appeler du courage liquide avant de passer à la tonte (aka j’ai brossé comme ça se peut pas), ce qui rend mes souvenirs quelque peu confus. Je me souviens avoir ri nerveusement de manière incontrôlable pendant tout le long de la tonte de mes cheveux, faisant en sorte que je ressemble à un gobelin avec d’énormes gencives sur toutes les photos de la tonte. Que voulez-vous, je n’ai pas le rire élégant. Je me souviens aussi de n’avoir jamais senti la brise aussi intensément, comme si je sentais les tourbillons du vent. Et je me souviens m’être endormie dans mon bain pour une raison quelconque. Sérieusement, si vous pensez faire le Défi têtes rasées, faites-le relativement sobre. Un hangover avec un crâne fraichement rasé, c’est franchement désagréable. Je voulais enfoncer ma tête dans l’oreiller, mais je n’étais pas habituée à sentir autant la friction du tissu sur ma tête, ce qui empirait le mal de tête. Je me suis rarement sentie aussi tout croche

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Je peux cependant vous parler de l’après-coup.

J’ai reçu des remerciements d’inconnus. Je ne m’attendais pas à ça. Je m’attendais évidemment à des bravos et à des likes sur Facebook, mais mis à part à Leucan, je ne pensais pas que mon crâne rasé aurait fait du bien à quelqu’un. Or, on m’a dit merci, au centre d’achats où je travaille. On m’a raconté des drames familiaux auxquels je n’avais pas pris part, mais qu’on sentait que je pouvais comprendre, de par mon crâne rasé. C’était complètement irréel. Pourtant, je vous assure que le fait de perdre mes cheveux ne m’a pas fait atteindre quelque mystique connaissance ou un degré d’empathie plus grand que celui que j’avais à la base. Mais pour certains, le fait de voir quelqu’un qui supportait leur cause faisait du bien. Cela créait des moments forts étranges et inconfortables (quoi dire à une femme qui raconte la perte de sa filleule tout en me demandant mon avis sur le chandail lui allant le mieux?), mais m’a fait réaliser que oui, sans changer le monde, faire le Défi têtes rasées pouvait faire une différence.

Je m’étais donné comme objectif de ramasser 600 $, en me disant que je serais fière d’en ramasser la moitié.

Au moment de me faire raser, j’avais ramassé 805 $. Sans que ce soit un montant exceptionnel, c’est assez pour me rendre fière. Des personnes proches et des personnes moins proches m’ont fait des dons, certains parce que je les ai harcelés, certains simplement par générosité. Certains m’ont fait des dons après avoir beaucoup perdu dans la maladie.

Pour ceux-là, je n’ai pas encore trouvé les mots pour les remercier. De simplement dire merci semble trop simple, mais de faire un trop long message déforme le sentiment de reconnaissance que je souhaite leur transmettre.

Au bout du compte, je ne suis pas une meilleure ni une moins bonne personne depuis que j’ai fait le Défi. Mes craintes étaient égocentriques et ce serait de mentir que de dire que mes motivations pour le faire ne l’étaient pas un peu aussi, ne serait-ce qu’en partie. Oui, je voulais amasser des fonds pour lutter contre le cancer mais avouons-le, j’aimais bien aussi me donner le beau rôle vertueux. Cependant, au fur et à mesure que je ramassais l’argent et que le Défi approchait, je pensais de moins en moins à moi et à mes peines de pauvre fille de 21 ans qui va à l’université et qui est en santé. Je ne suis certainement pas devenue mère Theresa, mais en me lançant à fond dans le Défi, j’ai beaucoup appris sur ce drame qu’est le cancer. Auparavant, ça avait toujours été une forme abstraite pour moi, une chose à laquelle je savais que j’aurais à faire face personnellement ou au travers d’un proche un jour ou l’autre, mais que je préférais ignorer, embrassant à la place le sentiment d’invincibilité venant avec la jeunesse.

De faire le Défi têtes rasées et de parler de cancer pendant deux semaines m’a mise face à la fragilité du genre humain et à l’impuissance qu’on peut ressentir lorsque cette fragilité finit par se rompre. Vers la fin, c’est cela qui m’obsédait et je ne pensais presque plus à la perte de cheveux. Enfin, j’y pensais encore beaucoup, évidemment, en particulier la journée où je devais me faire raser pour de vrai, mais ce n’était plus ce à quoi je pensais le plus.

Toutefois, malgré cette fragilité, j’ai aussi compris à quel point nous restons forts et continuerons sans cesse de chercher, de trouver des moyens de déjouer notre propre nature. J’aime penser que c’est un peu ça que j’ai encouragé avec le Défi têtes rasées.

Et en plus, une tête rasée sur une fille, c’est quand même sexy et pratique.

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