Un Pèlerinage Canadien en France

Texte et photos par Hao Yin

Je me souviens. Je me souviens qu’il y a 10 ans, dans le cadre de mon cours d’histoire, j’ai pris connaissance de l’histoire du débarquement de Dieppe. Depuis ce jour, j’ai entendu parler de la bataille de la crête de Vimy et du sang que le Canada et le Québec ont versé au nom de la liberté. Je savais que mon premier voyage en Europe serait pour marcher dans les pas de ces soldats de la Première et de la Deuxième Guerre mondiale.

Ainsi, après deux heures d’attente à Charles-de-Gaulle, j’ai finalement emprunté le chemin vers Vimy le 24 juin dernier. Le paysage était paisible, comme dans les Cantons-de-l’Est. Il était difficile d’imaginer qu’il y a précisément un siècle, les soldats canadiens étaient en train de se préparer pour prendre la Crête de Vimy. À travers les routes de la campagne, je me suis retrouvé sur un petit chemin orné d’érables. Quelques instants plus tard, la terre était remplie de cratères. J’étais arrivé au Mémorial national du Canada à Vimy.

Mémorial National du Canada à Vimy

Je suis sorti de ma voiture et j’ai fermé les yeux. Il y a presque 100 ans, en un matin d’avril, les soldats canadiens avançaient vers ce qui est aujourd’hui un impressionnant monument en marbre. Sous la pluie d’artillerie, les soldats ont pris cette crête que les forces françaises et anglaises ont été incapables conquérir. Comme l’a dit le brigadier général A.E. Ross : « Durant ces quelques minutes, j’ai été témoin de la naissance d’une nation. »

Mémorial National du Canada à Vimy
Mémorial National du Canada à Vimy

Sur le monument, il y a une sculpture d’une jeune femme avec la tête baissée. Elle symbolise la jeune nation du Canada qui pleure la mort de ses enfants. Les noms de 11 169 soldats sont gravés dans le marbre. J’ai ainsi sorti le drapeau canadien que j’ai apporté et je l’ai déposé sur les dalles de marbre. C’est alors qu’un groupe de touristes m’a demandé d’où je venais et j’ai fièrement répondu : « Le Canada ». Ils venaient des Pays-Bas et ils voulaient tous une photo avec moi.

Mémorial National du Canada à Vimy
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Tombe d’un soldat inconnu

Ensuite, je me suis dirigé vers les cimetières. Les sites sont gérés par la Commonwealth War Graves Commission et ils sont de toutes beautés. C’est ici que j’ai rencontré un homme irlandais. Il prenait son temps à observer les tombes. Je pouvais voir le respect qu’il avait envers tous ces hommes qui ont péri au nom de la liberté. Il m’a raconté aussi qu’il semble que nous oublions peu à peu le passé et qu’il faut honorer ces soldats en assurant un avenir où le monde entier jouit de la paix. Ce qui m’a grandement frappé était le nombre de tombes sans nom. C’était extrêmement émouvant de toucher aux pierres tombales et de se demander qui cet homme était et s’il savait comment j’étais reconnaissant.

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Cratères d’artillerie de la Première Guerre Mondiale
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Tranchées conservées de la Bataille de la Crête de Vimy

Le lendemain, j’ai pris la route vers Puys et Dieppe. Sur le chemin, j’ai passé par Doullens où Eden Pringle, infirmière, est décédée lors d’un bombardement allemand lors de la Première Guerre mondiale. Elle avait 25 ans. Sur les quelque 160 km, on pouvait voir des coquelicots partout. Aussi, il n’était pas rare de voir un cimetière militaire toutes les 15 minutes.

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Arrivé à Puys, au bord de la Manche, j’ai marché dans les pas des Fusiliers Mont-Royal et des soldats du Royal Regiment of Canada. J’ai touché aux murs des digues où tant de soldats ont péri loin de leur pays et de leur famille. Le débarquement de Dieppe était un échec total, mais il a contribué à la réussite du débarquement de Normandie. Il ne faut absolument pas oublier 916 Canadiens, dont 119 venant de Montréal, qui ont versé leur sang au matin du 19 août 1942.

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Plage de Puys, France
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Monument du Royal Regiment of Canada

J’ai vu le résultat de la folie humaine. J’ai marché sur des terres sacrées sous lesquelles des centaines, des milliers de corps sont toujours abandonnés. Il ne faut jamais oublier. Il ne faut jamais oublier le passé. Il ne faut jamais oublier notre histoire.

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